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Dialogue avec les Jeunes

L'homosexualité masculine, quel devenir?
PRÉFACE DU PROFESSEUR JOYEUX

L'homosexualité n'appartient plus à la médecine depuis 1974.Tout le monde en parle.
Après le débat" franco-français" pour ou contre le mariage des homosexuels,ce livre propose, pour une reflexion de fond qui n'a pas encore eu lieu, de nombreux témoignages de personnes concernées par l'homosexualité entre 15 et 70 ans .

Trés respectueux des personnes, les auteurs éclairent la question homosexuelle masculine d'une façon vraiment nouvelle. Leur travail de terrain, centré sur la dernière décennie de ce siècle (1991-1999), adopte une méthode d'enquête personnalisée et dialogale : la plupart de leurs entretiens ont eu lieu à trois.
Un homme et une femme hétérosexuels ont rencontré ensemble et séparément des hommes qui se disaient "homosexuels". Ils ont suivi leur evolution à travers un courrier régulier et des rencontres soutenues avec eux ou leurs mére, père, frère, soeur, ami(s) ou amie(s).
Dans cette démarche, tous ont choisi l'anonymat : les auteurs d'abord, une femme(XX), un homme(XY), s'effacent devant le message de ceux avec lesquels ils ont travaillé. Ensemble ils ont voulu comprendre une question délicate.
Hors de la psychologie clinique ou de la psychiatrie.


L'homosexualité masculine s'explique et se comprend. Cette enquête ose le dire.
Les personnes concernées se reconnaissent comme des"affamés, assoiffés d'affection". Trés sensibles, ils ont manqué, en plus énormément de pére dans leur petite enfance; en particulier entre 3 et 20 mois après la naissance. La responsabilité des personnes n'est pas en cause. Ni eux, ni leurs parents ne savaient ce que l'on sait aujourd'hui. Cette fragilité de la petite enfance,que confirme la littérature psychologique et sociologique,éclaire le genèse de "l'homosensibilité".
De même que son évolution sexuelle. Pour Tony Anatrella"nous ne sommes pas dans l'ignorance quant aux structures psychiques de l'homosexualité".


Les risques d'une forme nouvelle de stigmatisation.
Prolongeant une réflexion approfondie sur l'homosexualité, ce travail de terrain propose d'aborder le"continuum affectif" selon lequel s'oriente une sensibilité masculine. Le phénomène de l'homosexualité masculine trouve ainsi ses caractères spécifiques : les auteurs ont choisi délibérement de consacrer leur enquête au phénomène masculin, lui seul. Ainsi,pour la première fois un ouvrage distingue homosexualités masculine et féminine, dont les expériences individuelles ne peuvent être confondues.
Dans le cadre de la constuction d'une sensibilité et d'une sensualité masculine avec attiance vers le féminin, le rôle du père s'avère fondamental. XX et XY révèlent alors qu'à une paternité manquée, fragilisante, peut répondre, une "paternité de compensation". Il est possible d'aménager un" espace paternel" d'affection et de disponibilté.
Ce livre éclairera les parents inquiets, les mères seules; il réveillera les pères endormis, insuffisamment présents et responsables. Il marque une rupture nette face à un discours actuel monolithique, selon lequel l'homosexualité serait un phénomène brut et sans nuance, inné, voire génétique. C'set une découverte. Car l'homosexualité peut évoluer vers la neutralité sexuelle (ni l'un ni l'autre) et même vers l'héterosexualité. Des témoignages authentiques appuient la démonstration des auteurs. Certains sont lumineux; les souffrances d'une évolution à pas lents.
Comprendre l'Homosexualité masculine interdit les jugements rapides et blessants. Ce volume m'en a convaicu. Il devient alors nécessaire de relancer le débat social actuel sur des bases nouvelles de "stigmatisation." Dès que l'étiquette s'impose comme une identité figée, incapable d'évoluer. En Hollande, les homosexuels ne peuvent plus donner leur sang. Leur mariage butte sur un contresens individuel et social. Le Pacs ne résoudra pas la question homosexuelle. A l'échelle sociale, il construit un groupe que l'on pourra monter, accuser, dénigrer. Au niveau du couple, de même que le mariage n'évite pas les problèmes qui peuvent survenir dans l'hétérosexualité, le contrat homosexuel reste également vain. Il est essentiel de savoir pourquoi certaines personnes sont affamées de l'affection de personnes leur ressemblent. Belle démarche de l'intelligence, qui peuvent et veut contribuer à la prévention des carences affectives de la petite enfance et leurs conséquences.


L'avenir de l'homosexualité,encore une énigme.
L'avenir du phénomène homosexuel n'est pas aussi brillant ou facile que beaucoup le disent ou le croient.Tant que le grand public n'est pas informé sur les tenats et les aboutissants de la question homosexuelle, comment peut il adopter une position compréhensive qui ne soit ni refus catégorique, ni promotion idéologique? Mais surtout, en deçà des questions sociales, il est grand temps qu'homme et femme, père et mère, prennent conscienece de leur rôle respectif dans le cheminement des tendances affectives et sexuelles de leurs enfants.
Voilà l'essentiel. Je l'ai appris dans ce second tome où des témoignages d'homosexualité "pleinement vivants" ne cachant rien, mettent en évidence la complexité d'un vécu difficile. Et l'on comprend mieux la sexualité de l'homme.


Le Pacs, une bataille idéologique sur un double contresens.
Après le Pacs, reste la bataille de l'adoption, affirment les spécialistes. Celle-ci est aussi importante que la précédente, déjà gagnée dans certains états d'Amérique et d'Europe du Nord. Le combat des lobbies soutenant que l'homosexualité est "normalité", équivalente à l'hétérosexualité, est loin d'être terminé. Il leur faudra convaincre ou imposer, probablement convaincre en imposant. Aujourd'hui, ils cherchent à pénétrer l'école, au nom de l'éducation nationale, en prépérant les programmes d'enseignement pour une "éducation laïque de la sexualité" où toutes les formes de sexuallité seront mises sur le même plan.
Cent mille personnes, dont beaucoup de jeunes (parfois maladroits) au nom de
"la génération Anti-Pacs", fin janvier 1999 dans la rue à Paris n'ont eu aucun effet sur le monde politique qui préfère se disputer les voix de ceux qui se disent "ouverts et généreux" à cette cause (plus d'un milion et demi de voix dans la région parisienne), que celle des familles. De plus, la grande majorité des médias, étant favorable au "changement de société", leur concours est indispensable et acquis pour aboutir. Déjà le ministre de la justice affirmait le 1°février 1999, suite à la manifestation : "le gouvernement est déterminé à faire passer la proposition de loi."
La multitude des prises de position à l'occasion de la légalisation du pseudo-mariage homosexuel a-t-elle vraiment éclairé cette question de société? Et même si l'on programme une légalisation de l'adoption par des couples "pacsés", la question homosexuelle sera-t-elle pour autant résolue?

Deux camps se sont opposés. Les fondamentalistes du progrès social ont présenté tous leurs arguments : lutte contre la discrimination, droits pour des personnes jusque-là marginalisées, antifascisme, bonheur pour tous, l'amour domine tout : homosexualités =hétérosexualités = bisexualité.
À l'extrême, ceux qui sont contre sont étiquetés donc exclus comme ringards, cathos, fachos... Et la pression ira-t-elle comme aux Etat-Unis et surtout en Angleterre, jusqu'à la dénonciation, la technique du "outing", qui consiste à révéler au grand public l'homosexualité de telle ou telle personnalité? Une forme nouvelle de terrorisme.
En face, les arguments se résumaient à "Ne changez pas le mariage, institution séculaire; la famille doit rester la famille biparentale car l'enfant a besoin pour se construire d'un papa et d'une maman; nous ne sommes pas des marginaux.
" Même la sociologue E. Sullerot, fondatrice du planning familial, affirmait :
"le Pacs modifie le code civil, ridiculise la famille, impose un nouvel ordre moral..."; d'après elle, "la réaltion sexuelle n'a jamais été un objet juridique"; les défenseurs de la famille ne sont pas des conservateurs, mais des bâtisseurs du futur..."; "Le Pacs contribue à brouiller le lien social".

En discriminant l'homosexualité comme une abomination sans autre explication positive, beaucoup ont déclenché la réaction inverse. La honte s'est muée en fierté (Gay pride). Mais, si tolérance et patience pour chaque personne sont toujours nécessaires, faut-il institutionnaliser et donc promouvoir une tendance affective et sexuelle difficile à vivre? Le président du "collectif cancer sida", le "héropositif", luttant de toutes ses forces "dans ce combat pour la vie", parlait avant de nous quitter en décembre 1997 de "mon corps avec lequel je n'ai jamais été à l'aise" et de "tout ce qui me sépare de l'homme que j'aurais voulu être".

Le contrat ou pacte d'union ne fera que consacrer l'enfermement; il empêchera une possible évolution. De l'anormal, caché, honteux et maladif, on risque de passer à la fierté exhibitionnniste et au militantisme recruteur. Les grandes sensibilité et finesse de ceux qui sont attirés par l'hommosexualité, méritent mieux que ces excès. Le risque, en figeant cette situation, au-delà du contresens individuel, est donc bien d'aboutir à un contresens social.
La sexualité humaine, une totalité plus complexe que les approches novatrices mais limitées du siècle dernier. De l'homophobie vers l' hétérophobie.
Il est aujourd'hui certain que les tendances affectives et sexuelles, en particulier l'homosensibilité et l'homosexualité, sont capables d'évoluer surtout à l'adolescence. Si l'on connaît de façon scientifique la croissance corporelle, on ne comprend encore que partiellement la croissance affective qui probablement ne finit jamais. Et les spécialistes commencent à peine à saisir la génèse des attirances sexuelles des garçons.

En 1948, le statisticien Kinsey créait la notion de "continuum sexuel" : la sexualité humaine progresserait de l'hétéro vers l'homosexualité; le stade homosexuel étant placé au sommet d'une évolution continue et naturelle, présentée comme nécessaire. Il est apparu indispensable aux auteurs de revoir ce "continuum" à partir de leur expérience et d'en dégager l'idée d'un "continuum affectif".
Ainsi la psychologie n'a-t-elle que trop usé de catégories aujourd'hui dépassées; il est grand temps de considérer l'être humain comme une totalité plus complexe que ne le laisseraient croire les approches limitées, novatrices au siècle dernier.

Aux Pays Bas, depuis le premier Janvier 1998, les homosexuels peuvent signer un "partenariat enregistré" peu différent un mariage. Les sondages affirment
que 81 % des Néerlandais y seraient favorables. Mais que savent-ils de l'homsexualité? Sinon ceux qui sont proclamés : une improbable origine génétique transformée par les lobbies en quasi certitude. Ou encore l'affirmation gratuite selon laquelle l'homosexualité, à un moment donné de la vie aurait toujours un caractère définitif. En France, selon les sondages, l'opinion serait d'accord à plus de 50 %; mais les statistiques ne disent pas que l'opinion ne peut comprendre l'homosexualité masculine si elle ne lui est expliquée, en particulier dans ses sources.
Proposer l'égalité sexuelle, la parité dans la vie sociale et politique est certainement utile pour équilibrer bien des décisions trop masculines et même machistes..., mais mélanger égalité des sexes sous prétexte d'égalité universelle et d'universalismes, est un argumentaire pour nier.

Pour Tony Anatrella "un déficit de la pensée dont l'objet est surtout de mieux paralyser l'interlocuteur". Et il montre bien en inscrivant dans le code civil le concubinage, hétérto ou homosexuel, comme le souhaitent ardemment les lobbies, le législateur, (sans s'en rendre compte?) "oblige à penser que le couple composé de deux personnes de genres différents, un homm et une femme, est semblable à une relation homosexuelle. La négociation de l'altérité, c'est à dire du masculin et du féminin... Serait créée dans le code civil". Une authentique hétérophobie permicieuse d'autant plus qu'elle est le plus souvent inconsciente.
Là se situe l'erreur principale : faire croire qu'un adolescent de 15 ans a une orientation affective et sexuelle définitive.
L'enfremer dans l'étiquette de l'homosexualité est une autre erreur psychologique et sociale grave : le jour où le jeune devenu adulte se rendra compte qu'il n'était pas, ce que certains voulaient qu'il soit, homosexuel, on en mesurera toutes les conséquences négatives pour la société. De nouvelles formes de voilences en attente.

Quand à l'état, il ne sait plus où il est, quand il fait dire que "le Pacs est l'expression de la neutralité de l'état face à l'individu dans ses choix personnels". Car l'état est dans l'obligation de privilégier ce qui permet sa propre vie :
le mariage et la famille sont des fondements du lien social. Un état qui n'est plus garant de rien affaiblit les systèmes symboliques qui le soutiennent; il devient ainsi responsable de la perte des repères nécessaires à la construction de l'individu et de la société en équilibre. Il participe directement à la violence juvénile, aux troubles des banlieues... qui ne sont pas que le reflet de la crise économique.
L'urgence aurait été d'attendre afin de ne pas consacrer une situation qui, dans les générations futures, sera incohérente. Un immense effort pédagogique d'information envers les parents et les jeunes est bien plus urgent. C'est le prix véritable pour tenter de mieux comprendre, et mettre à sa juste place la "question homosexuelle".

Changements de stratégie pour la prévention du SIDA.
Autre conséquence imprévue de l'officialisation qui aboutira, qu'on le veuille ou non, à un "fichier homo" : "les homosexuels seront désormais exclus des campagnes de don de sang et de sperme aux pays bas afin de minimiser les risques de transmission du virus du SIDA. La commission pour l'égalité de traitement (CGB) a rejeté la plainte déposée par cinq homosexuels qui jugeaient discriminatoire le refus de leur sang par les banques néerlandaises."

En France, les stratègies de prévéntion du SIDA adoptées jusqu'en 1998 étaient dites "stratégies d'indifférenciation" orientées vers tous, afin
"de ne pas stigmatiser des groupes particuliers... En particulier les groupes le plus exposés sont les homosexuels et les usagers de drogues par voie injectables... C'est en train de changer; pour être efficace, il faut cibler le risque. (...) La démarche de santé publique fait du ciblage un de ses principes essentiels d'intervention. (...) Personne bisexuelles, usagers de drogues par voie veineuse (anciens et nouveaux), personnes originaires de pays ou le sida est endémique, personnes pratiquant la prostitution. (...) L'éventuelle évolution favorable de la situation sociale des homosexuels ne doit pas faire oublier que, dans cette population, les contaminations par le VIH n'ont pas cessé et que le danger est loin d'être écarté.

Pacs ou pas, une évolution se dessine. Ce livre ouvre des perspectives aussi inattendues que considérables car nul doute hommes et femmes de demain se poseront plus de questions que leurs prédécesseurs. Comme le dit le philosophe et médiologue Régis Debray : "Plus une réponse est inattendue, plus elle vous informe : si je vous dis une évidence, je ne vous apprend rien!"

Professeur Henri Joyeux, juin 2000

 
 
 

Henri Joyeux

Professeur de cancérologie et de chirurgie digestive à la Faculté de Médecine de Montpellier.

Spécialiste en nutrition, alimentation et cancer.

Président depuis le 7 avril 2001 du Mouvement "Familles de France" (libre de toute confession, politique, syndicat ou idéologie).

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