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L'homosexualité masculine,
pourquoi ?
PRÉFACE DU PROFESSEUR JOYEUX
J'ai beaucoup hésité
à préfacer ce livre, car je ne suis pas spécialisé
dans ce domaine de la psychologie des comportements et des tendances
affectives.
Je pensais, comme beaucoup certainement, que l'homosexualité
était une maladie puisque la plupart des "patients"
étaient suivis par des psychologues ou des psychiatres. Je
me suis trompé.
J'avais envisagé d'écrire
sur cette question et recevant ce manuscrit, j'ai compris qu'il
était le livre qu'il fallait faire et que je n'aurais pas
pu écrire moi-même.
Ce livre m'a fait découvrir
bien des choses que j'ignorais. D'abord que l'homosexualité
masculine (comme la féminine) n'esty pas, n'est plus une
maladie. Ce sont les psychiatres, eux mêmes, qui l'ont décidé
par un vote en 1973. Pourtant, il reste clair que ce type de comportement
peut évoluer vers les mêmes maladies que l'on voit
dans l'hétérosexualité : pédophilie,
inceste, viol, psychose ou névrose grave...
J'ai appris aussi qu'il n'est pas
certain que l'homosexualité masculine soit d'origine génétique.
Même la prédisposition génétique n'est
pas prouvée. Les "preuves" qui abondent dans les
journaux ne sont pas indiscutables. Il fut rester très prudent.
Heureusement, une ponctio amniotique ne permettra pas de dire à
la mère "votre enfant est ou sera Homosexuel" car
une sélection eugénique risquerait alors d'être
mise en place ou même réclamée par certaines
mères insuffisament informées.
Je ne saisis certainement qu'en partie
les mécanismes psychologiques qui accompagnent ou structurent
la formatio d'une puissante homosensibilité puis d'une forte
attirance homosexuelle : la grande sensibilité, les troubles
d'une puberté mal préparée, l'influence excessive
de la mode et du milieu, l'absence dramatique de l'affectivité
du père et son remplacement par une présence maternelle
excessive...
Les étapes de l'évolution
affective humaine pendant la toute petite enfance sont une réalité
biologique et "écologique". Comme la succession
des saisons est inscrite dans l'évolution harmonieuse de
la plante. Le choix affectif homosexuel est le plus souvent inconscient,
mais il s'explique aujourd'hui mieux que dans le passé.
Je comprends maintenant le retentissement
- qui peut être dramatique - de l'homophobie sur une perssonne
qui se rend bien compte que son attirance "naturelle"
ne va pas à l'hétérosexualité. On est
même arrivé à lui faire croire que "l'homophobie
est justifiée par la Bible". Il a peur de quelque chose
qui est en lui et qu'il ne retrouve pas chez les autres. Un potentiel
ou une anomalie, un manque ou un plus? Une différence, une
variante à un moment de la vie ou pour toute la vie?
J'ai compris que les repères
traditionnels donnés aux positions masculins/feminins dans
les fonctions sociales étaient en tain de changer au risque
de perturber la société toute entière. Faut-il
penser un "nouvel ordre social" ? Se met-il déjà
en place avec l'officialisation et la "normalisation"
de l'homosexualité et même de la transsexualité?
Ces transmutations sont plus importantes
qu'il n'y paraît. Comme le souhaitait Nietzsche au siècle
dernier, faut-il tout réinventer, redéfinir? N'est-ce
pas déjà fait? Qu'allons nous découvrir ou
re-découvrir? À l'école normale supérieure
de la rue d'Ulm, un groupe de recherche et de convivialité
vient de se constituer, dénommé "Homonormalités".
Quelles seront les conséquences de tous ces changements?
Bref, ce livre m'a ouvert des horizons.
Il m'a permis de mieux comprendre l'homosexualité masculine,
dans ses causes multiples, dans les conséquences et plus
encore dans son devenir. Finalement, il est clair que cette tendance
n'est pas facile à vivre, surtout quand celui qui est concerné
ne comprend pas ce qui lui arrive et se sent si différent
des autres, de la plupart des autres, à la puberté
et puis tout le temps au-delà. Et si on pouvait lui expliquer
tranquillement les pourquoi de sa tendance naissante, quand il commence
à en prendre conscience, ne verrait-on, pas alors évoluer
autrement sa "première tendance"?
Le plus important est l'ouverture,
l'oxygène qu'apporte ce livre, en montrant bien que l'homosexualité
masculine, comme toute sexualité humaine, est capable d'évoluer.
Ce n'est pas facile, cela demande une grande douceur, compréhension,
acceptation de soi, une grande démarche d'humilité
d'autant plus difficile à vivre que la volonté est
faible.
Ce n'est pas parce que je préface
ce livre, que je peux être d'accord avec tout ce qui est écrit
ou affirmé. Je comprends que les auteurs aient voulu rester
anonymes. Je pense qu'il faut respecter cet anonimat, comme on respecta
à l'époque celui de Gide, de Cocteau, de Montherlant,
de Jouhandeau et de bien d'autres
XX et XY ont un avantage, ils ont
manifestement travaillé ensemble, mettant en commun leurs
expériences, certainement différentes et leur complémentarité.
Ce qu'ils permettent de découvrir est souvent original et
m'apparaît même d'avant-garde.
J'ai conseillé à l'éditeur
de publier le manuscrit qu'il m'a confié en deux parties
successives en donnant le plan de ce qui va suivre. En effet il
m'apparaît que le lecteur comprenne la démarche des
auteurs. Pour cela le mieux est donc de les suivre au fur est à
mesure de leurs découvertes.
Il est certain que ce livre sera critiqué,
peut être trés vivement et même violemment, sous
le seul prétexte qu'il s'agit d'une réflexion de personnes
qui vivent une hétérosexualité pour eux "naturelle
et facile". Remarquons qu'il est aussi facile de suspecter
les homosexuels de soutenir et promouvoir leur tendance, que de
suspecter les hétéros de ne rien comprendre à
l'homosexualité et donc d'être viscéralement
contre. Soulignons le mérite des auteurs. Ils ont travaillé
avec ceux qui vivent une homosexualité forte avec ou sans
homosexualité.
Nous comprenons et acceptons ces critiques,
mais nous demandons à ceux qui accuseront, d'abord d'imaginer
les efforts considérables qui ont été faits
par les auteurs pour essayer de comprendre ce fait social qu'est
l'homosexualité masculine. Ensuite il n'est pas mauvais que
"des hétérosexuels" réfléchissent
sur les conditions de l'homosexualité. Enfin il n'est pas
interdit "aux homosexuels" d'essayer de comprendre "les
hétérosexuels". Ils y trouveront certainement
aussi à la fois le meilleur et le pire.
Des personnes concernées, par
l'homosensibilité ou par l'homosexualité ont largement
participé à cet ouvrage qui deviendra un classic sur
la "question homosexualité". Qu'ils soient ici
chaleureusement remerciés d'avoir contribué, sainement
et discrètement (sans bruit) à éclairer d'un
jour nouveau ce comportement à l'origine de tant de souffrance,
d'incompréhension, de discrimination et de sottises.
Professeur Henri Joyeux, le
28 juin 1998.
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